ActualitéAngela MERKEL

Après 70 jours de discussions et la participation de 22 groupes de travail, les partis de la coalition -socio-démocrates, verts et libéraux- sont parvenus à un accord commun sur le programme de travail pour les 4 prochaines années. Les partis de la coalition « feu tricolore » -première coalition tripartite à l’échelle fédérale- ont présenté leur projet de contrat de coalition de 177 pages ce 24 novembre.

Un gouvernement plus social et progressiste

Avec le départ de la Chancelière chrétienne-démocrate Angela MERKEL, qui sera restée aux commandes de l’Allemagne durant 4 mandats soit 16 années, le Gouvernement prend un tournant à gauche avec un futur chancelier social-démocrate, Olaf SCHOLZ. En effet, le projet du futur gouvernement est fondé sur des mesures profondément sociales et progressistes.

Promouvoir l’égalité et la diversité.

La coalition exprime le souhait de renforcer l’arsenal législatif permettant de lutter contre le sexisme et les discriminations, de promouvoir l’égalité salariale, d’ancrer les droits des enfants dans la constitution ou encore d’asseoir le droit à l’autodétermination des femmes en introduisant un droit à l’avortement, actuellement illégal bien que toléré.

Garantir un niveau de vie décent.

Afin de pallier l’inflation et la flambée des prix de l’énergie, les partis prévoient également l’augmentation du salaire minimum brut, réévalué de 2,40€ pour atteindre 12€ de l’heure. Consciente des tensions croissantes sur le marché de l’immobilier et de la hausse des prix du logement dans les grandes villes, la nouvelle coalition s’est engagée à rendre les logements abordables et neutres sur le plan climatique. Pour atteindre ces objectifs, 400.000 nouveaux logements, dont un quart de logements sociaux subventionnés par le gouvernement, seront construits. Parallèlement, une prolongation de l’encadrement des loyers à hauteur 11% sur trois ans – contre 15% actuellement sur le marché en tentions – sera mise en œuvre.

La neutralité climatique en tant qu’objectif transversal

Si la question du climat a été le principal sujet de désaccord au cours des négociations, les Verts ont partiellement obtenu gain de cause, réussissant à faire de la neutralité climatique le fil conducteur entre toutes les politiques. Concrètement, cela se traduira par la mise en place d’un contrôle de la compatibilité des futures lois avec les objectifs climatiques et de leur impact sur l’environnement.

Par ailleurs, des objectifs ambitieux ont été fixés : l’Allemagne devra notamment atteindre une part d’énergies renouvelables de 80% dans la consommation finale d’électricité d’ici 2030 et tâchera d’engager une sortie du charbon anticipée, « idéalement » d’ici 2030, par rapport à la date limite de 2038 prévue par la loi.

L’Allemagne demeure la nation de l’automobile

Sans surprise, la mobilisation des lobbys industriels en amont des élections a porté ses fruits et la feuille de route du futur gouvernement prévoit quelques concessions d’importance à l’industrie automobile. Ainsi, le contrat de coalition fait mention du maintien des véhicules thermiques fonctionnant aux carburants de synthèse au-delà de 2035, mesure que les socio-démocrates ambitionnent également de soutenir à l’échelle européenne. De même, aucune fin anticipée n’est prévue pour les véhicules à moteur thermique traditionnels qui ne pourront plus être immatriculés après 2035, conformément aux objectifs européens du Paquet climat (Fit-for-55).

La prime à l’achat pour les voitures électriques doit être réformée avant d’être totalement supprimée en 2025. Le SPD, le FDP et les Verts reprennent ainsi une exigence du constructeur automobile Volkswagen.

Par ailleurs, la future coalition mise grandement sur l’électromobilité et a fixé l’objectif de 15 millions de véhicules entièrement électriques d’ici 2030. Avec un parc automobile actuel de 48 millions de véhicules, cela reviendrait à une voiture sur trois. La future coalition met la priorité sur le développement de l’infrastructure de recharge, condition sine qua none d’un développement serein de l’électromobilité.

Fidèle à son ambition d’être numéro 1 dans tous les secteurs, l’Allemagne souhaite se maintenir au rang des puissances économiques en alliant efforts environnementaux et compétitivité. Elle mise pour ce faire sur l’innovation, les startups et PME. Le pays aspire à devenir pionnier dans la fabrication et le recyclage des batteries, alors que la demande croissante pour les batteries et semi-conducteurs fait actuellement face à des pénuries et révèle une dépendance vis-à-vis de pays tiers, générant une tension sur le marché européen de l’électromobilité. De même, l’Allemagne réitère son objectif de devenir leader mondial sur les technologies de l’hydrogène.

Implication des élections sur la scène internationale

Dans son discours lors de la conférence de presse, Olaf SCHOLZ (SPD) a annoncé le credo sur lequel va reposer la politique extérieure allemande.

Le futur chancelier a mentionné en premier lieu les relations avec la France. La nouvelle coalition soutiendra d’ailleurs plusieurs initiatives initiées par le Président français Emmanuel MACRON, telles que des listes électorales transnationales au Parlement européen censées démocratiser l’UE, la volonté de renforcer la place de l’UE sur la scène internationale ou encore la mise en place d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières permettant d’éviter les « fuites carbones » et de maintenir la compétitivité des entreprises européennes. Le Secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, Clément BEAUNE, a salué ces déclarations.

Si la politique extérieure allemande repose sur les relations avec les Etats-Unis, la désignation de la leader des Verts, Annalena BAERBOCK, en tant que Ministre fédérale des Affaires étrangères, ne serait guère favorable à la Chine et à la Russie, vis-à-vis desquelles elle souhaite adopte une ligne plus dure.

Prochaines étapes

Les partis ont désormais soumis la proposition de feuille de route à leurs membres et prévoient l’élection d’Olaf SCHOLZ, le jour de la Saint Nicolas. Le futur chancelier, fort de son expérience en tant que maire de la ville-Etat d’Hambourg, est paradoxalement le candidat le plus à même à poursuivre la politique sociale engagée par MERKEL.

Il leur reste également à formaliser la désignation officielle des ministres. Les socio-démocrates, grands vainqueurs des élections, héritent de six ministères en plus de la chancellerie (Intérieur, Travail, Défense, Santé, Développement et un nouveau ministère de la Construction). Les Verts héritent de cinq portefeuilles (Affaires extérieures, Agriculture, Climat et Economie, Environnement et Famille). Enfin, les libéraux héritent de l’important portefeuille des Finances, jusqu’ici détenu par Olaf SCHOLZ, qui sera repris par leur chef de file, Christian LINDNER, mais également de la Justice, de l’Education et de la Recherche et du Ministère des Transports et de la Numérisation.

Contact

Louise MAIZIERES

Louise MAIZIERES

Consultante à Berlin
Diplômée en sciences politiques et droit européen, chargée de la coordination UE/Allemagne.

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