Actualité

Crise économique et sanitaire, bouleversement climatique, révolution numérique, tentative de déstabilisation de la démocratie et pression migratoire, c’est dans une atmosphère sous tension que la France débute sa présidence tournante du Conseil de l’UE.

Ce n’est cependant pas la première fois que la France doit manœuvrer en eaux troubles.
En 2008, la France présidait l’UE dans un contexte marqué par une épineuse actualité : vote négatif de l’Irlande sur le Traité de Lisbonne, crise diplomatique liée au conflit russo-géorgien, mais surtout une crise financière mondiale d’une ampleur inégalée qui conduira quelques mois plus tard l’Europe à se déchirer.

La réponse des États membres à la crise avait alors débouché sur l’adoption d’un plan européen de relance économique de 200 milliards d’euros. Engagement mesuré en comparaison avec le plan de relance de 750 milliards d’euros « Next Generation EU » mis en place par la Commission européenne l’été dernier.

Mais encore trop peu pour notre Président qui ambitionne de bâtir, en seulement quelques mois, un nouveau modèle européen de croissance. C’est une Europe souveraine, qui soutient l’innovation et la création d’emplois tout en respectant ses objectifs environnementaux que soutient l’exécutif français. Ces idées ne sont pas nouvelles puisqu’elles figurent dans le grand plan d’investissements national de 30 milliards d’euros baptisé France 2030, que le Président souhaite discrètement exporter à l’échelle européenne.

Côté environnement, la PFUE sera également l’occasion d’avancer sur la mise en œuvre du plan « Fit for 55 », un paquet législatif ambitieux visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55% d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

En 2008, la France était déjà parvenue à un accord historique sur le paquet climat / énergie visant à mettre en place, pour la première fois en Europe une politique commune en matière d’énergie et de lutte contre le changement climatique. Autre parallèle, la sécurité des approvisionnements énergétiques était un sujet clé en 2008 et le sera en 2022 à travers la refonte de la fiscalité de l’énergie.

A contrario, la question du numérique – quasi-inexistante il a 13 ans – est une des priorités phare de la PFUE. Le message envoyé par l’exécutif français aux géants du numérique sonne la fin de la récréation : L’Europe ne subira pas la loi des autres puissances en matière numérique.
Fini le temps des oligopoles, l’irresponsabilité des plateformes et place aux futurs champions européens !

A ce programme particulièrement ambitieux, s’ajoute la réforme de l’espace Schengen, la mise en place d’un nouveau modèle social à travers le salaire européen minimum, la fin des pesticides, l’instauration des clauses miroirs dans les accords de libre-échange, la consolidation de l’Europe de la santé, la mise en place d’une véritable défense européenne.

Une présidence qui s’annonce sous haute tension !

Nouveau souffle sur la relation Franco-Allemande

Ne soyons pas dupe, la nouvelle coalition allemande n’entend pas laisser le départ d’Angela MERKEL affaiblir le poids de l’Allemagne sur la scène européenne. La coalition du chancelier Olaf SCHOLZ, tend la main à Emmanuel Macron sur de nombreux sujets.

En effet, les deux gouvernements semblent s’aligner sur la question de la souveraineté stratégique de l’Union européenne et des moyens pour y parvenir. Sous le terme générique de souveraineté se cache cependant des intérêts parfois divergents. Si l’Allemagne et la France partagent des intérêts communs en matière de technologie et d’industrie, la question de la défense, de la gestion migratoire ou encore du bouquet énergétique restent encore à déterminer.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement allemand ne semble pas effrayé par les réformes que souhaite engager la France sous sa présidence. Alors qu’Emmanuel MACRON jugeait dans son discours de lancement de la PFUE les règles de Maastricht dépassées et obsolètes, tous les regards se tournent désormais vers l’Allemagne.

Si l’Allemagne de MERKEL a toujours été extrêmement inflexible sur ces questions, le contexte politique actuel et les ambitions européennes de s’affirmer en tant que leader dans de nombreux domaines, encouragent le dialogue.

Cependant, la nomination de Christian LINDNER au ministère des finances ne facilitera pas la tâche à Emmanuel Macron. Orthodoxe budgétaire assumé, le nouveau ministre posera un cadre suffisamment strict pour garder les finances publiques des Etats membres saines.
Si Bercy juge le débat sur la cigale et la fourmi dépassé, certains vestiges restent bien présents dans l’esprit de la nouvelle coalition allemande…

Place à un nouvel équilibre européen

Bien décidé à porter son projet de réforme, Emmanuel MACRON pourra cependant compter sur son partenaire italien, Mario DRAGHI, nommé président du Conseil des ministres italiens en février 2021.

Européanistes convaincus, défenseurs du libéralisme et dotés d’une expérience du secteur privé, les deux hommes ont tout pour devenir les nouveaux visages de l’Europe. En effet, ils partagent une vision commune de l’Union européenne : une Europe souveraine, indépendante militairement, et plus souple en matière budgétaire.

Depuis la signature du Traité de coopération bilatéral « du Quirinal », vendredi 26 novembre 2021, Paris et Rome ont enfin officialisé leur Union auprès de leurs partenaires européens.

Une alliance, non pas sans arrière-pensée, puisqu’elle permet de rééquilibrer les pouvoirs entre les trois plus grandes puissances économiques de l’Union.

Une nouvelle coalition dans le viseur de la PFUE

A quelques jours du début de la PFUE, le nouveau gouvernement des Pays Bas clame haut et fort son retour sur la scène européenne. Difficile à croire lorsqu’on se remémore la position des Pays-Bas au cours des négociations sur le plan de relance européen de l’été 2020.

Les grandes aspirations de Macron pour l’Europe dans le cadre cette PFUE susciteraient-elles de nouvelles vocations européennes chez nos partenaires ?

La nouvelle coalition néerlandaise conduite par Mark RUTTE est bien déterminée à apporter sa pierre à ce nouveau modèle européen de croissance et partage avec Paris son ambition de construire une Europe « plus décisive, plus forte économiquement, plus verte et plus sûre ».

Ainsi, la France pourra compter sur le soutien des Pays-Bas concernant le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, l’autonomie stratégique de l’Union, ou encore la réforme du cadre budgétaire.

Présidences de coïncidence ?

La PFUE ne sera pas la seule priorité du gouvernement au premier semestre 2022, puisqu’en avril prochain, se dérouleront les élections présidentielles françaises. Ironie du sort ?

Techniquement, la France aurait pu demander un report de sa présidence – décision qui aurait probablement été aussi critiquée – mais qui en soit était envisageable, contrairement à ce qu’affirmait le président lors de son discours de présentation.

Une visibilité médiatique et politique qui peut être un avantage pour les élections à venir.
En effet, le programme de la PFUE, semble s’inscrire dans un calendrier bien plus long que celui réservé à la France dans le cadre de sa présidence, tant il est ambitieux et dense.
Se présentant comme président de l’Europe, MACRON affirmera comme il a pu le faire en 2017, sa vision pro-européenne de la France, à l’heure où l’ensemble des candidats critiquent l’UE et prône la souveraineté nationale.

Mais ne soyons pas trop idéalistes, une mauvaise manœuvre à Bruxelles pourrait avoir des profondes conséquences à Paris. Emmanuel MACRON devra dès lors être prudent, sachant parler à la France et à l’Europe d’une seule voix. Une situation particulière qui conduira peut-être le président à éviter tout conflit avec ses partenaires et à favoriser le consensus politique.

Il est par ailleurs intéressant de souligner, que si beaucoup s’inquiètent de l’instrumentalisation de la PFUE à des fins nationales, force est de constater, que les journalistes semblaient bien plus intéressés, au cours de la présentation du programme jeudi 9 décembre dernier, par la campagne présidentielle française que le destin de l’Europe….

Contact

Audrey MASSACCI

Consultante à Paris
Diplômée en sciences politiques et droit européen.

Mathilde SALIOU

Chargée de mission à Paris