ActualitéAngela MERKEL

Le 10 février 2020, Annegret KRAMP-KARRENBAUER, fortement contestée au sein de son parti en raison de « gaffes politiques », annonçait sa démission du poste de présidente fédérale de l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU) qu’elle occupait depuis le 7 décembre 2018. Décision difficile pour Angela MERKEL dont elle était proche, puisqu’elle assurait ainsi une certaine continuité politique face aux pressions des branches conservatrices de plus en plus hostiles à l’héritage de l’actuelle chancelière.

De nouvelles élections devraient se tenir dans le cadre du 33e congrès du parti, mi-janvier 2021 (la date est encore inconnue à ce jour et fait débat au sein de la CDU).

Dans la mesure où le.la chancelier.ère est élu.e. à la majorité absolue par les députés du Bundestag sur proposition du Président fédéral, la tête de liste du parti assumant le leadership de la majorité a d’importantes chances de remporter cette fonction.

La présidence du parti constitue donc un poste stratégique, puisque la CDU est la principale force politique en l’Allemagne, aux côtés du parti écologique (Die Grünen) et du Parti Social-Démocrate (SPD).

Mais alors, qui sont les candidats à la présidence fédérale de la CDU ?

Il est intéressant de noter que les trois candidats à la Présidence du CDU sont originaires du Land de Rhénanie Nord-Westphalie (NRW) qui est le plus important Land allemand (23% du PIB) accueillant autour de la Ruhr l‘essentiel de l‘industrie allemande. Annegret KRAMP-KARRENBAUER, (comme le Ministre de l‘Economie Peter ALTMAIER), sont originaires de la Sarre, plus petit Land allemand et de très europhile de tradition. La succession au sein de la CDU s‘annonce donc comme un recentrage de la politique allemande autour des intérêts des Länder industriels les plus puissants incarnés par la NRW, le Bade-Wurtemberg et la Bavière. Toutefois les candidats présentent des profils assez nettement différenciés, ouvrant sur des perspectives de rupture ou de continuité relatives à la politique de l‘Allemagne, qui font de cette succession au sein de la CDU un événement d’importance européenne directe.

Friedrich MERZ, le favori ou l’incompris ?

Friedrich MERZ

Originaire de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Friedrich MERZ est lobbyiste et avocat d’affaires (65 ans).

Outre ses fonctions de Président des conseils de surveillance du groupe Wepa et de l’aéroport Konrad-Adenauer Cologne/Bonn, Friedrich MERZ est actuellement vice-président du conseil économique de la CDU.

Il incarne l’aile économique libérale et conservatrice de la CDU et s’oppose à la politique menée par Angela MERKEL. Il prône la déréglementation de l’économie, les privatisations et a, à plusieurs reprises, remis en question la cohérence des prestations sociales, en particulier au bénéfice des migrants.

Sa proximité avec le monde des affaires n’est pas un secret.

Entre 2016 et 2020, Friedrich MERZ fut président du conseil de surveillance de la branche allemande du plus grand gestionnaire d’actifs mondial, BlackRock, pour lequel il était chargé des relations avec des clients importants, des autorités et des agences gouvernementales en Allemagne. Ce poste controversé lui a valu plusieurs critiques suite au scandale Cum-Ex, lorsqu’en octobre 2018 les médias internationaux ont révélé une fraude fiscale dans plusieurs Etats européens de 55 milliards d’euros impliquant également la société BlackRock.

Bien que ces pratiques frauduleuses aient eu lieu avant la prise de fonction de Friedrich MERZ, si ce dernier devenait président de la CDU, il se trouverait impliqué dans des conflits d’intérêts massifs puisqu’il devrait prendre des mesures contre ses anciens employeurs. Aussi, le rapport annuel de 2018 montre que la société a considérablement augmenté la rémunération des membres du conseil de surveillance (494 000 euros par rapport à 35 000 euros en 2014 et 2015).

Ce possible conflit entre des intérêts économiques et politiques fait écho en France à la démission de Jean-Paul DELEVOYE de son poste de Haut-commissaire à la réforme des retraites. Il avait en effet omis de déclarer son mandat d’administrateur bénévole à l’IFPASS, ainsi que son implication dans l’obtention de la Légion d’honneur par Jean-François CIRELLI, le président de BlackRock France.

F. MERZ est également régulièrement à l’origine de prises de positions sur le renforcement des valeurs culturelles allemandes dans la société (Leitkultur), qu’il estime indispensable de voire accepter par les migrants en vue de leur intégration. Il se prononce en faveur d’un contrôle renforcé des frontières.

Si Friedrich MERZ apparaît favori dans les sondages actuels, il est aussi très critiqué sur ses déclarations médiatiques maladroites. Dernièrement interrogé sur sa position vis-à-vis d’un éventuel chancelier homosexuel, sa réponse faisait référence à la pédophilie : la question de l’orientation sexuelle ne serait pas un sujet de discussion publique, tant que cela respecte les lois et ne concerne pas les enfants. Il rétorque que ses traits d’humour sont incompris.

Sur le plan environnemental, il se déclare en faveur de l’abandon du nucléaire mais considère cependant que les énergies renouvelables ne seront pas suffisantes seules pour répondre à la demande d’électricité.

F.MERZ apparaît incontestablement comme le leader de cette tendance libérale-conservatrice « dure », favorable à une politique plus centrée sur les intérêts économiques et sociaux allemands, y compris au niveau européen.

Selon la chaîne de télévision nationale ZDF, F. MERZ était déjà considéré comme le plus redoutable concurrent de la candidate modérée KRAMP-KARRENBAUER en 2018 (il avait alors obtenu 48,25% des voix au second tour). Il peut compter sur les voix d’un électorat masculin un peu plus âgé, notamment dans le Bade-Wurtemberg, mais aussi sur le soutien de l’association de jeunesse de la CDU et de la CSU (Junge Union).

Armin LASCHET, ou la continuité

Armin LASCHET

Originaire de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin LASCHET (59 ans) a travaillé en tant que journaliste et juriste après ses études de droit. Il est catholique et a d’ailleurs dirigé la maison d’édition Einhard-Verlag qui est rattachée à l’évêché d’Aix-la-Chapelle.

Il occupe actuellement les fonctions de président fédéral adjoint de la CDU, ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de plénipotentiaire fédéral chargé des affaires culturelles.

Armin LASCHET a présenté sa candidature pour le poste de président fédéral de la CDU le 25 février 2020. Il se veut le candidat du rassemblement et espère rallier toutes les ailes de la CDU. Jens SPAHN, l’étoile montante des conservateurs et actuel ministre de la santé, se présente aux côtés d’Armin LASCHET en tant que vice-président.

Armin LASCHET représente l’aile libérale modérée de la CDU et se montre en faveur d’une coalition avec les verts. Il souhaite s’inscrire dans la lignée de la politique menée par Angela MERKEL, en particulier en termes de politique migratoire.

Il préconise une politique étatique active afin de défendre l’industrie allemande, notamment automobile.

Bien que ses qualités de gestionnaire de la crise sanitaire aient été souvent questionnées, il lui a été notamment particulièrement reproché un manque de lignes directrices claires, les élections locales en Rhénanie du Nord-Westphalie lui ont été favorables.

Selon les estimations actuelles, A. LASCHET bénéficie du soutien de la plus grande fédération régionale de la CDU (celle de Rhénanie-du-Nord-Westphalie), mais également des électeurs modérés de la CDU.

Norbert RÖTTGEN, l’Union européenne comme cheval de bataille

Norbert RÖTTGEN

Originaire de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Norbert RÖTTGEN (55 ans) a exercé la profession d’avocat. Il est actuellement président de la commission des affaires étrangères du Bundestag.

Norbert RÖTTGEN incarne l’aile gauche de la CDU et se positionne à contre-courant de la politique menée par Angela MERKEL, notamment en matière de politique européenne. Norbert RÖTTGEN est favorable à la constitution d’une coalition avec les verts. Par ailleurs, sans citer de nom à ce stade, Norbert RÖTTGEN souhaiterait une candidature paritaire.

Norbert RÖTTGEN fait de la politique extérieure son cheval de bataille. Il défend une ligne dure envers la Russie et plaide pour une plus grande implication internationale de l’Allemagne.

Norbert RÖTTGEN souhaite défendre les principes de son pays et de son parti. Il soutient notamment l’accueil par tous les Etats membres de l’Union européenne des réfugiés de Moria dans le respect de la dignité humaine. Il a d’ailleurs poussé pour que l’Allemagne accueille 5.000 réfugiés supplémentaires suite à l’incendie qui a ravagé le camp en Grèce.

Il se montre également critique vis-à-vis de l’énergie nucléaire et a initié le retrait allemand de l’énergie nucléraire après l’accident de Fukushima en 2011.

Il est connu pour être le deuxième ministre à avoir été démis de ses fonctions par un chancelier, suite à sa défaire électorale en Rhénanie-du-Nord-Westphalie en 2012.

Selon les estimations actuelles, ses chances de remporter les élections sont faibles. Il lui est notamment reproché de suivre une ligne politique trop semblable à celle d’Armin LASCHET et il ne bénéficie pas d’une base d’électeurs fiables au sein de la CDU.

Contact

Louise MAIZIERES

Louise MAIZIERES

Chargée de mission
Diplômée en sciences politiques et droit européen et chargée de la coordination Berlin/UE pour la Présidence allemande du Conseil

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