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Le 20 janvier 2021, Joe Biden a été investi 46e président des États-Unis. Son entrée en fonction a été largement saluée par les alliés internationaux, et en particulier par l’Union européenne. Malgré l’attente européenne d’un retour à la normale dans les relations transatlantiques, le dégel dans les relations entre les États-Unis et l’Union européenne pourrait ne pas être aussi rapide que prévu, et Biden pourrait rester isolationniste jusqu’à ce que la crise du Covid soit surmontée.

Lobbyit, notre partenaire américain basé à Washington, nous donne une perspective sur le terrain de la présidence Biden et de ses priorités dans les semaines à venir.

L'ère Biden a officiellement commencé

Le président Joseph Robinette Biden est le 46e président des États-Unis depuis moins d’une semaine, mais la différence entre son administration et son prédécesseur est déjà indéniable. Signe de l’urgence de la crise à laquelle la nation est confrontée, la nouvelle administration s’est mise au travail immédiatement. Le président Biden a signé une série de décrets dans les heures qui ont suivi son entrée en fonction. Son attaché de presse a tenu un point le soir même – sans l’« enfumage » auquel nous nous sommes habitués au cours des quatre dernières années. Ces décrets ont ciblé la crise du COVID ainsi que de nombreuses politiques clés mises en place par l’ancien président Trump, comme la réintégration de l’accord de Paris.
Autre nouveauté de ces quatre dernières années, l’administration a mis en place un système journalier d’information. L’équipe du Président a en effet publié un calendrier des thèmes à l’ordre du jour et des actes qui seront signés chaque jour entre l’inauguration et la fin du mois. La triste réalité est qu’après quatre années d’élaboration des politiques au rythme des tweets, le simple fait d’avoir un plan qui s’étend au-delà des douze heures suivantes et de l’exécuter est une bouffée d’air frais à Washington.
Depuis l’élection, l’équipe de M. Biden a fait preuve de confiance et d’organisation. Elle n’a pas été freinée par le refus de l’ancien président de céder et d’entamer une transition ordonnée – l’équipe Biden avait ainsi débuté en organisant et en autofinançant elle-même ses équipes de transition. Bien que les démocrates eussent de grandes chances de remporter les deux tours du scrutin en Géorgie et de prendre ainsi le contrôle du Sénat, Biden a par ailleurs décidé de retarder l’annonce des postes clés de son gouvernement qui auraient été confrontés à une forte opposition dans un Sénat républicain. Sa patience a payé. Il va maintenant obtenir le cabinet qu’il souhaite sans avoir à négocier avec les républicains. La tentative d’insurrection et la mise en accusation de l’ancien président Trump qui s’en est suivie a été le dernier obstacle à surmonter. Si le spectacle de la mise en accusation immobilise le Sénat pendant des semaines, la confirmation du cabinet du président pourrait s’étirer sur une plus longue période. Mais ce week-end, les démocrates ont conclu un accord avec les républicains qui permettra une confirmation et un procès rapides. Jusqu’à présent, le programme Biden se déroule donc comme prévu.

America First – pour l’instant

Cependant, il existe un domaine politique crucial où il y a actuellement plus de questions que de réponses : quel est le plan de Biden pour les alliés et les partenaires internationaux de l’Amérique ? L’élection présidentielle de 2020 a été unique à bien des égards. Habituellement la politique étrangère n’est pas sujette à de longues discussions mais cette année, avec Donald Trump dans la course, le COVID qui fait rage et des niveaux historiques de protestations pour les conditions de vie des Noirs, la politique étrangère n’a sans surprise été au centre d’aucune des deux campagnes. Par conséquent, nous en savons beaucoup plus sur ce que le président Biden a l’intention de faire sur les questions intérieures que sur les questions internationales.

Les démocrates contrôlent Washington pour la première fois en dix ans. La plupart d’entre eux pense que la crise est pire qu’au cours de la Grande Récession qu’ils ont connue lorsqu’ils étaient au pouvoir la dernière fois et qu’il existe un potentiel de désastre à long terme plus important. Le président Biden et son équipe accélèrent pour essayer de prendre le contrôle sur l’épidémie de COVID, de développer un plan national de vaccination et de stabiliser une économie avec des millions de personnes qui souffrent, ont faim et sont sans abris. Les affaires étrangères ont ainsi été reléguées au second plan. Nous ne prévoyons pas que l’administration mettra en avant les priorités de sa politique étrangère avant février. Et même à ce moment-là, les questions intérieures seront probablement encore au centre des débats. Nous ne nous attendons donc pas à ce que le président Biden parle longuement de politique étrangère tant que le chômage n’aura pas été maîtrisé et que la situation ne sera pas revenue à la normale.

Garder le cap sur le commerce international

Les questions internationales comme le commerce et nos alliances sont toujours cruciales pour des millions d’Américains. La politique commerciale est particulièrement importante pour la prospérité des syndicats, du secteur manufacturier et des agriculteurs. Le président et le parti démocrate ont toujours bénéficié du soutien des syndicats et ils voudront s’assurer que cette relation reste intacte. La nomination par le président Biden de Katherine Tai comme prochaine représentante américaine au commerce (USTR) va dans ce sens et met particulièrement l’accent sur les relations entre le Canada et le Mexique. Mme Tai a été avocate principale au Congrès et c’est elle qui a rédigé les dispositions relatives au travail dans l’accord commercial entre les États-Unis et le Mexique (USMCA). Ces mesures de protection des conditions de travail étaient primordiales pour que les démocrates approuvent l’USMCA mais ils craignaient que l’administration Trump ne les applique pas complètement.

Bien que le président n’ait pas fait de déclaration ferme sur la manière dont il abordera les relations avec des partenaires commerciaux comme la Chine ou l’UE, il semble probable que les droits de douane établis sous l’administration Trump ne soient pas supprimés tout de suite par le président. Il semble même que certains conseillers aimeraient tirer parti des tarifs existants pour normaliser ces relations à l’avenir.

“Going green, going clean”

Il existe de surcroît une crise mondiale dont le président a parlé clairement : le changement climatique. La lutte contre le changement climatique a toujours été une priorité pour le président tout au long de sa campagne, et les premières mesures qu’il a prises après son investiture en ont renforcé l’importance. Il a réintégré l’accord de Paris et a demandé à tous les ministères d’examiner les mesures pouvant être prises pour lutter contre le changement climatique, faisant de cette initiative un projet pangouvernemental.

Le président Biden a un avantage sur son prédécesseur en ceci qu’il connaît parfaitement le fonctionnement du gouvernement fédéral et qu’il a mis à la tête de son administration des personnes qui ont également une grande expérience gouvernementale. Il a clairement fait savoir qu’il souhaitait que toutes les facettes du gouvernement prennent en compte l’impact qu’elles peuvent avoir sur le changement climatique dans leurs politiques et leurs contrats. Les ministères se coordonneront avec la Maison Blanche pour promouvoir des politiques et prendre des décisions de dépenses qui répondent à la crise. A titre d’exemple, la nouvelle secrétaire au Trésor Janet Yellen s’est engagée à créer une équipe qui se concentrera sur le changement climatique, ce qui permettra au puissant ministère de jouer un rôle proactif dans la lutte contre cette « menace existentielle ».

En outre, pour la première fois un envoyé spécial dédié à la lutte contre le changement climatique a été désigné au sein de l’administration, à savoir l’ancien secrétaire d’État John Kerry. A ce titre, il veillera à ce que le changement climatique fasse partie des grandes discussions de politique étrangère et de sécurité nationale. M. Kerry est bien connu sur la scène internationale et s’attachera probablement à faire pression en faveur de politiques climatiques internationales agressives, en incitant les agences américaines ayant des portefeuilles internationaux à travailler en coopération avec des partenaires mondiaux sur les politiques climatiques et les accords multilatéraux.

Pour les alliés des États-Unis qui se sont engagés à lutter contre le changement climatique, c’est une bonne nouvelle. La valeur des titres d’énergie propre est déjà en hausse aux États-Unis en prévision des politiques de Biden en faveur de l’innovation et de la croissance. Il sera toutefois important pour le président Biden de consacrer ses actions dans la loi afin de s’assurer qu’elles ne soient pas annulées facilement à l’avenir. Quoi qu’il en soit, pour les quatre prochaines années au moins, les entreprises du secteur de l’énergie propre peuvent s’attendre à ce que le marché américain connaisse une croissance historique, ce qui contribuera à stimuler la croissance et le développement au niveau mondial.

Et maintenant ?

Beaucoup d’inconnues demeurent. Comment le Congrès fonctionnera-t-il au cours des deux prochaines années, alors que les républicains devront prendre en compte un Donald Trump toujours populaire ? Cela entraînera-t-il une évolution du bipartisme pourtant nécessaire à l’adoption d’une législation ? Et quand les États-Unis prendront-ils le contrôle sur le COVID ? La réponse à ces questions déterminera sans doute l’importance de la présidence Biden dans l’histoire. Mais il y a tout de même lieu d’être optimiste à plus court terme. Ce qui se passera dans les prochains mois sera donc crucial et nous devrions savoir d’ici cet été si cet optimisme est justifié ou si l’esprit de partis et l’inaction continueront à être la norme à Washington.

Contact

Jason ORTEGA

VICE PRESIDENT, AFFAIRES LEGISLATIVES
Jason Ortega, avocat diplômé et titulaire d’un MBA, a commencé sa carrière en tant que stagiaire au sein de Lobbyit en 2014. Un an plus tard, il a réintégré le cabinet à plein temps en tant que responsable de l’analyse législative et réglementaire. Pendant son absence de Lobbyit, Jason a travaillé comme assistant politique à Monument Advocacy, une entreprise de relations gouvernementales ayant des bureaux à Washington, D.C., San Francisco et Seattle. En plus de son expérience en matière de défense des droits, Jason a exercé le droit dans un cabinet d’avocats spécialisé dans la vérification préalable des biens immobiliers à Columbia, dans le Maryland, et a été assistant principal d’une campagne du conseil municipal de Washington.